Signalé par un bosquet de feuillus, le manoir d’Alleray s’élève sur le plateau entre Mondoubleau et St Agil, à quelque 4 km au Nord-Ouest du village de Choue. Il est l’oeuvre de la famille de Vendômois, qui entre en possession du fief dans la première moitié du XVème siècle. Longtemps demeurée à l’état d’exploitation agricole, la demeure est progressivement remise en état par ses propriétaires actuels.

Fief «servant» de la seigneurie du Moulin-au-Voyer

Le patronyme Alerium (ou de Alerio) apparaît au XIIIème siècle et s’applique alors a la seigneurie du Moulin-au-Voyer, située sur le cours de la Grenne, en amont de Sargé-sur-Braye. Cette seigneurie qui relève de la baronnie de Mondoubleau «à foy et hommage de lige», appartient en 1334 à Guillaume Le Maçon, prêtre, qui en rend aveu à  Ingelger 1er d’Amboise. Au début du XV ème siècle, elle est à Gervais II Ronsard, sire de la Possonière, en vertu de son mariage avec Jeanne, fille d’Hamelin de Vendômois. Leur fils étant mort prématurément dans la postérité, la terre d’Alleré revient à André Ronsard, frère cadet de Gervais II, qui, dans un partage daté du 6 septembre 1434, la retourne à sa belle-soeur, remariée à Jean de Bourdon, seigneur de Carency. Parmi les dépendances de cette terre figure Alleray de Choue, notre manoir. Il est cité pour la première fois comme fief détaché ou servant du vieil Alleray, alias Le Moulin-au-Voyer, dans un acte de 1425, où il est dit que «souloit (le) tenir feu Jehan de Valaines, écuyer». La distinction effective entre les deux domaines interviendra en 1456, lorsque Françoise de Vrassay, veuve de Michelet de Vendômois, «en temps seigneur d’Alleré», rendra aveu du premier à Pierre de Cloteaux, sire du Moulin-au-Voyer.
En 1541, c’est François de Vendômois qui en rend à Antoine de Bourdon, duc de Vendôme et baron de Mondoubleau. Le 8 mai 1543, il donne la seigneurie en avancement d’hoirie à son frère cadet Louis, homme d’armes de la Compagnie du seigneur du Lude, marié à Jeanne Hurault de Vibraye, gouverneur de l’Orléanais et du Pays Chartrain, puis chancelier de France.

De saisies en saisies

En 1588, le domaine est saisi sur Jaques de Vendômois par Henri Thibault, huissier au Châtelet, à la requête de Jean de Cuigny, marchand bourgeois de Paris, faute de paiement d’une créance de 284 écus. Le procès-verbal nous apprend que le manoir d’Alleray se compose alors d’un corps d’hostel , couvert d’ardoises, granges, estables, colombier à pieds et aultres commodités, couverts de thuiles, ave une grande court au milieu dudict lieu, le tout enclos de murs et fissés à l’entour, ayans pont-levis sur iceulx ». A la mort de Jacques de Vendômois, assassiné le 22 février 1611, en bordure de l’étang de Boisvinet, par les sbires de son voisin Anne de Voré, seigneur d’Oigny, à la suite d’une querelle d’honneur, Alleray échoit à sa fille Denise qui, survivant à son mari, puis à son fils, le conserve jusqu’en 1660, date de son décès. Le domaine, grevé de dettes, est saisi par ses créanciers et cédé le 11 février  1666 par l’un d’eux, Louis Le Louroux, seigneur de Pierrefitte, à Gilles Le forestier, sieur  de Bompard, tandis que Souday retourne aux Marescot dès 1662. A nouveau saisi, il est vendu en 1675 à Jean Nau, conseiller du roi au Parlement, et Marie Férault, son épouse, puis devient  la propriété de divers magistrats entre 1690 et 1718, avant d’être acquis en 1719  par Louis-Euverte  Angran, inspecteur de la compagnie des Indes. Avec lui, le manoir d’Alleray est peu à peu délaissé pour le château voisin de Saint-Agil, plus vaste et plus confortable, qu’il a acheté en 1726.

Lorsque son fils aîné Louis-Alexandre en hérite en 1734, Alleray a définitivement perdu son statut seigneurial et ses bâtiments n’abritent plus qu’une simple ferme dépendant de Saint-Agil. Après diverses ventes, l’ensemble du  domaine est cédé en 1801 à Auguste et Léon de Tailfumyr, comte et vicomte de Saint-Maixent, dont la descendance l’apportera  par la suite à la famille de Lussac à qui il appartient toujours.

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